Abricots et cerises de Provence-Alpes-Côte d'Azur

ABRICOTS ET CERISES DE PROVENCE-ALPES-CÔTE D'AZUR

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Deux terres, deux cultures, un même berceau : le pays des Sorgues, que coupe la Durance. Au Nord, dans le Vaucluse, le sol argileux de l’Isle-sur-la-Sorgue, sur lequel s’épanouissent des cerises ventrues, croquantes, au rouge intense. Au Sud, dans les Bouches-du-Rhône, les terres de Cabannes, nourries d’alluvions, grêlées de cailloux, qui donnent aux abricots leur teint de coquelicot. Toutes deux sont gorgées du soleil provençal et irriguées par les eaux de la Durance et de la Sorgue, qui contribuent à faire de la plaine du Comtat Venaissin le jardin arboricole de la France.

Sur ces terres, une famille. Au Nord, le domaine Grand Hôpital tient son nom de l’ordre hospitalier qui l’avait fondé, avant qu’il ne devienne un domaine viticole au début du 19e siècle. Une bâtisse construite en 1880 y trône encore, arborant fièrement sa façade en pierres de taille surmontée d’une génoise. La famille Gailet vit sur ce domaine et y produit de ces fruits épanouis qui surpassent au dessert les meilleures pâtisseries. De là vient sa devise : « Gailet, des fruits cousus main ». Autrefois y poussaient des vignes, lorsque le vin remplaçait l’eau dans le gosier des ouvriers. Un vin à 8 degrés, qui donnait allant et vigueur aux journaliers, mais ne flattait pas le palais. La tradition s’en est peu à peu allée, le tabac de troupe n’occupe plus les rations du soldat, et l’ouvrier agricole boit de l’eau. Les vignes orphelines ont peu à peu pris la clé des champs, et la famille Gailet changé son fusil d’épaule. Avant de disparaître, à l’aube des années 80, elles ont cependant lancé avec panache leur chant du cygne. Alors que le père Gailet, Jean-Paul de son prénom, rentre au domaine, il trouve ses ouvriers étonnamment guillerets. Point de faute, pourtant ! Mais une cuve de vin avait fui. Le liquide alcooleux avait pénétré la nappe phréatique et ressortait près du forage. Depuis deux jours, les ouvriers s’hydrataient au vin coupé !

 

C’est ainsi qu’aujourd’hui les deux frères règnent sur ce paradis à haute valeur environnementale du fruit provençal

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Pommes, poires, vignes, abricots… « il y en a une de trop », comme le chantaient autrefois les enfançons. Jean-Paul Gailet, passionné des pommes, arrête le raisin. Et lorsque son fils Pascal arrive en 2004, commence le règne des cerises et des abricots. Le climat s’en mêle à son tour. Plus chaud, plus capricieux… plus propice aux fruits à noyaux. Le second fils, Stéphane, après un début de carrière en entreprise, les rejoint aux commandes en 2015 pour assurer la partie commerciale. « Dans les grandes entreprises, on n’est pas maître de son destin. J’avais le désir de donner du sens, de retrouver ce cadre privilégié. Envie que mon travail soit constructif dans le temps et valorise cet environnement qui nous fait vivre. Et puis cela fait partie des choses les plus belles, de pouvoir travailler en famille, avec son père et son frère, à la suite de ses ancêtres ! »

C’est ainsi qu’aujourd’hui les deux frères règnent sur ce paradis à haute valeur environnementale du fruit provençal, l’un dévolu aux arbres, l’autre à la commercialisation. Cette année, la production abonde. L’hiver froid a permis une belle floraison. Dans la cerisaie estampillée Label rouge de l’Isle-sur-la-Sorgue, de magnifiques arbres s’alignent, au tronc très large atteignant jusqu’à 1m de diamètre. Les plus anciens n’ont que 25 ans, mais le sol très riche leur a donné une impressionnante vigueur. Leurs branches, culminant à 3 ou 4 mètres, sont couvertes de fruits rougissants, parfois timidement, parfois avec éclat, caressés depuis plusieurs jours par un soleil clément. La récolte a commencé cinq jours plus tôt, cette année. Le calme Stéphane fait le tour du verger, effeuillant délicatement les grappes de fruits pour mieux les exposer aux rayons. Il éclaircit la branche chargée de Folfer déjà mûres, noires, fermes et croquantes, tandis que les Rainier, bicolores, prennent leur temps. Car chaque arbre est greffé d’une branche pollinisatrice, d’une autre espèce, marquée d’un ruban. Ces deux variétés seront ramassées séparément. Au temps de la floraison, le mélange aura permis, aidé des ruches posées par des apiculteurs, une fécondation réussie dont témoigne l’abondance de fruits.

Le Label rouge dont le domaine est doté réunit cinq espèces : Burlat, Folfer, Sumit, Belge et Regina, de qualité extra, au taux de sucre garanti

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Les parcelles enherbées déploient plantin, queues de renard, orge des murs et cent autres espèces qui enrichissent la terre et boivent l’eau des pluies, évitant au sol imbibé de développer une boue impropre au passage du tracteur. Un désherbage mécanique permet de faire respirer le sol et de diversifier faune et flore. Le verger est bordé d’un petit ruisseau dans lequel baguenaudent les ragondins. Sur terre et dans les airs, la faune, charmante mais redoutable pour les fruits, prolifère : sangliers, lapins, mulots dont les terriers jalonnent le sol, ainsi que de nombreux oiseaux : geais, merles ou rapaces. Pour les tenir à distance sans leur nuire, des filets couvrent les arbres, et des canons retentissent régulièrement, effrayant les oiseaux trop gourmands. Le maître-mot : ne traiter qu’en cas de problème, à l’aide de produits naturels, et avec parcimonie.

Stéphane, méditerranéen comme le climat, promène ses yeux bruns sur la future récolte à laquelle s’adonnent les cueilleurs. Ses longs cils donnent un sourire permanent à son regard. Le sérieux qu’il met au travail contraste avec un petit air de charmeur italien. « Plus jeune, j’ai touché à tous les postes : tracteur, mécanique, récolte, irrigation… Autrefois, il y avait des rigoles. On répandait l’eau au pied des arbres. Aujourd’hui on arrose en goutte à goutte pour préserver la ressource en eau ».

Ses pas le mènent vers une nouvelle parcelle de ce verger écoresponsable. Figuiers vert dense et oliviers couverts de boutons la bordent. Ils donnent la couleur du pays. Ici les arbres sont plus fins, élancés. Leurs branches droites portent des cerises Nimba. C’est un verger moderne. Loin de la culture ancienne, aux arbres en gobelet, espacés, qui montaient haut, au centre difficilement accessible, les arbres forment ici un mur fruitier, aux branches courtes. La cueillette en est aisée. Des grappes de fruits très denses, réunissant jusqu’à une trentaine de globes rouges, encore frais du jour à peine levé, cachent certaines branches de leur magnifique prolifération. Salif les cueille depuis 13 ans. Salarié de ce domaine, sur lequel il vit, il a taillé ces arbres, en a noué les branches vers le bas pour qu’elles donnent du fruit plutôt que du bois, les a bâchés, irrigués… Il connaît des cerises le moindre secret, les particularités et les besoins de leurs nombreuses variétés… Le Label rouge dont le domaine est doté réunit cinq espèces : Burlat, Folfer, Sumit, Belge et Regina, de qualité extra, au taux de sucre garanti, d’un calibre supérieur à 28 millimètres. Elles sont triées par une calibreuse qui les sélectionne une à une.

 

 

C’est sur les terres alluvionnaires, de l’autre côté de la Durance, que l’histoire avait commencé.

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Avant de partir à la retraite, le grand-père a transmis à Jean-Paul puis à Pascal le savoir-faire qu’il tenait de son propre père. Jean-Paul vient de prendre à son tour une retraite bien méritée, assuré de la qualité de la relève. Tandis que Pascal, l’homme des arbres et de la nature, la silhouette sportive et l’esprit ardent, supervise de son vert regard le conditionnement des fruits fraîchement cueillis, le calme Stéphane s’assure de leur rayonnement. Un noyau dur de fidèles saisonniers les assiste pour la récolte et le soin des arbres. Certains habitent la région, d’autres sont logés sur l’exploitation. Tout récemment, des ouvriers Polonais ont pris leur retraite. Ils venaient travailler aux récoltes depuis 1992. Fidèles depuis l’ouverture de leurs frontières…

C’est sur les terres alluvionnaires, de l’autre côté de la Durance, que l’histoire avait commencé. Les grands-parents vivaient à Cabannes comme pépiniéristes et viticulteurs. Leurs descendants en ont fait le royaume des abricots. La parcelle bordée de genêts, de cyprès et de roseaux témoigne de l’abondance des eaux nourrissantes, chargées d’alluvions, qui imprègnent ces terres.

Ici aussi, la cueillette bat son plein. L’abricot est prêt à être ramassé dès qu’on parvient à l’ouvrir. Les fruits précoces, de variété Pricia, emplissent les caisses qui couvrent le tracteur. Ce dernier ne sert qu’à porter hommes et fruits : tous les abricots sont cueillis à la main. Une ou deux plateformes installées sur ses flancs permettent la cueillette en haut des arbres. Les autres ramasseurs se déplacent à pied. Ils tiennent sur le ventre un sac solide fermé par un élastique. Lorsque le sac est plein, ils en versent le délicat contenu dans des caisses tendues par un tractoriste. Avisé et observateur, Aruna supervise la cueillette. Il est chef de culture. Il cueille les abricots à une vitesse fulgurante, tournant le fruit d’un geste précis pour ne pas faire tomber ses voisins pas encore mûrs. Il arbore un sourire éclatant, ses mains courent avec agilité dans les branchages, choisissant les fruits prêts. Côté soleil, l’abricot est mûr si sa face est rouge. Côté ombre, une teinte orangée révèle la maturité. En haut de l’arbre, les fruits sont plus colorés. Dans les branches basses, l’abricot restera uniformément orange. Les cailloux mêlés à cette terre leur donnent de magnifiques couleurs.

Les meilleures espèces ont été choisies. « Nous ne souhaitons pas faire du rendement mais produire des fruits haut de gamme »

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Aruna est saisonnier depuis 15 ans au domaine Grand Hôpital. Il refuse d’être salarié : « J’aime trop ma liberté ! » Celle-ci lui permet, au cœur de l’hiver, lorsqu’ici les grands travaux sont finis, de rentrer au Sénégal s’occuper de ses propres cultures, dont sa famille prend soin en son absence : oranges, ananas, mangues, bananes, manioc… « Ce sont les arbres, que j’aime ! Il faut savoir communiquer avec eux, et le faire par amour. » D’un simple regard, cette encyclopédie vivante de l’abricot saisit les besoins du végétal : eau, engrais, être libéré des insectes qui le chatouillent... Lorsque les pousses sont actives, il sait que la plante se porte bien. Le chef de culture fait donc régulièrement le tour des rangs pour observer. Guérir le malade pour qu’il ne contamine pas les autres. Eclaircir les branches trop chargées après la floraison pour éviter une surabondance de petites sphères qui épuiseraient l’arbre, et permettre son retour à fruits l’année suivante. L’abricot est le fruit le plus dur à travailler sur le domaine, car il est plus sensible au gel que les cerises et les pommes. « J’aime beaucoup le défi ! » lance-t-il fièrement. « Quand c’est un peu compliqué, c’est là que je me casse la tête pour trouver des solutions. C’est moi qui forme tous les tailleurs. Je m’occupe de la forme des arbres, de leur irrigation… Et quand j’ai fini en décembre et janvier, je pars me reposer au pays »… c’est-à-dire cultiver d’autres arbres, récolter d’autres fruits…

Au domaine, la saison ne fait que commencer. Les nombreuses variétés plantées favorisent la pollinisation et étalent le travail de récolte, permettant de fournir cerises et abricots jusqu’au milieu de l’été. Les meilleures espèces ont été choisies. « Nous ne souhaitons pas faire du rendement mais produire des fruits haut de gamme ». Portant son regard sur la bâtisse de 1880, Stéphane ajoute : « Outre produire des aliments de qualité et perpétuer une tradition familiale, l’agriculture, c’est aussi être garants d’une culture, d’une architecture, de paysages, d’une biodiversité, que l’on entretient et veut préserver pour les générations futures ».

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